Le Soir d'Algérie
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Mercredi 11 octobre 13:58

Prise en charge de la santé mentale Criantes inégalités régionales

Prise en charge de la santé mentale Criantes inégalités régionales
La santé mentale va mal en Algérie. S’il est impossible d’avoir une estimation exacte de la prévalence de la maladie mentale, l’inégalité dans la prise en charge est criante. Les populations du sud du pays et des Hauts-Plateaux sont quasiment livrées à leur sort, celles du nord du pays sont mieux loties mais leur prise en charge est loin d’être parfaite. Tout le système est à revoir : formation, structures et textes réglementaires. C’est l’ambition du plan de promotion de la santé mentale.
Nawal Imès – Alger (Le Soir) – Des estimations mais pas de statistiques fiables concernant les personnes atteintes de maladie mentale en Algérie. Le système de santé n’est pas non plus performant en matière de prise en charge et n’a toujours pas réussi à répondre à une demande qui se fait pressante. Et pour cause, les disparités régionales sont énormes. Sans surprise, le nord du pays est le mieux doté, suivi des Hauts-Plateaux et du Sud. 83% des soins de haut niveau sont en effet concentrés dans le Nord avec cinq CHU sur les six que possède le pays, soit une moyenne de 16,7 lits par 100 000 habitants. La situation n’est cependant pas idéale puisque 77% des wilayas du Nord ne possèdent pas d’offre de soins au niveau périphérique. La réalité est encore plus compliquée au niveau des Hauts-Plateaux.
L’offre de soins psychiatriques y est réduite. Six wilayas sur 14 ne possèdent aucune structure au niveau périphérique. Le seul service de psychiatrie de haut niveau se trouve au CHU de Constantine. A titre d’exemple, il n’existe aucune structure psychiatrique à Djelfa et à Bordj-Bou-Arréridj par exemple. Dans les wilayas du Sud, le drame des maladies mentales est encore plus grand. Il n’y existe aucune structure de haut niveau et même l’offre de soins périphériques au niveau des hôpitaux généraux est très réduite. La moitié des wilayas du Sud ne possèdent en effet aucune structure au niveau périphérique réduisant la moyenne de l’offre à 4,2 lits par 100 000 habitants alors que la moyenne nationale est de 13,1 lits pour 100 000 habitants. Au niveau national, les différents services spécialisés offrent une totalité de 5 299 lits. Le niveau le plus élevé des soins est dispensé au niveau des CHU. Une offre jugée déséquilibrée car l’offre de soins au niveau périphérique doit être plus importante dans un système de santé selon les spécialistes. Actuellement, les activités de santé mentale sont assurées dans les CHU, les établissements hospitaliers de santé (EHS), les EPH et les EPSP de façon très inégale en fonction des moyens disponibles, des personnels affectés. Seuls certains services au niveau des CHU et des EHS disposent de services pour enfants et adolescents.
898 psychiatres exercent dont 270 en libéral. Aucun pont n’existe entre le public et le privé. Ce n’est pas le seul grief retenu contre l’ensemble du système. Le manque de personnel, l’inexistence de structures adaptées aux enfants et aux adolescents ainsi que les budgets souvent rognés par d’autres services sont pointés du doigt.
Le plan national de promotion de la santé mentale qui s’étale jusqu’à 2020 ambitionne de répondre aux préoccupations des acteurs de la santé mais également aux attentes d’une population en souffrance. Ledit plan préconise d’élaborer des textes réglementaires permettant d’appliquer des lois déjà adoptées, de rationaliser les prescriptions médicales, d’anticiper sur les ruptures de médicaments pour arriver enfin à un semblant d’équité dans l’accès aux soins. Absent lors de la présentation du plan en question, le ministre de la Santé a néanmoins fait lire son allocution par un de ses collaborateurs. Il y affirme que «l’évolution démographique associée aux séquelles des traumatismes psychologiques liées aux catastrophes naturelles de grande ampleur et à la décennie 1990 mais aussi à la mutation de notre société et à l’urbanisation anarchique, au cadre environnemental constituent autant d’éléments qui concourent à une dégradation de la santé mentale. Cette situation risque de présenter un lourd fardeau social et économique pour l’avenir». Un constat que partage la famille de la santé qui place beaucoup d’espoirs en le plan proposé pour faire sortir la santé mentale du marasme dans lequel elle se débat.
N. I.

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