Le Soir d'Algérie
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Mardi 07 novembre 16:11

Saisie du roman de Anouar Rahmani au SILA L’indifférence des milieux littéraires

Saisie du roman de Anouar Rahmani au SILA L’indifférence des milieux littéraires
Silence pesant des écrivains, éditeurs et intellectuels algériens autour de la saisie pour le moins musclée du roman «Halouassat Djibril» («Délires de Gabriel») de Anouar Rahmani survenue le 1er novembre au Salon international du livre d’Alger. Selon le jeune auteur Anouar Rahmani et son éditeur Dar El Mouthaqqaf, un représentant du ministère de la Culture s’est présenté en compagnie d’agents de police et a demandé à l’éditrice de lui donner tous les exemplaires du dernier roman de l’écrivain «Ma youkhfihi Allahou anna» («Ce que Dieu nous cache»), une dystopie parue récemment chez la maison d’édition égyptienne Atlas. Ce livre, étant bloqué à l’aéroport pour des raisons inexpliquées, le représentant de la tutelle ordonne alors la saisie de «Halouassat Djibril» («Les délires de Gabriel») paru en 2016 avec le motif qu’il porte atteinte aux personnes sacrées de la Vierge Marie et à l’ange Gabriel (le personnage principal s’appelle Meriem alors que Djibril renvoie au prénom de Gabriel Garcia Marquez dont le roman raconte la résurrection). Pour sa part, Anouar Rahmani estime que «Les délires de Gabriel» a été sacrifié à la place de «Ce que Dieu nous cache» dont on peut imaginer aisément que son titre dérange en même temps que la parabole politique que l’auteur y fait sur la situation actuelle en Algérie. Selon lui, le représentant du ministère s’est rabattu par défaut sur l’autre roman en sermonnant même la directrice des éditions El Mouthaqqaf en ces termes : «Vous êtes musulmane ; comment pouvez-vous éditer un écrivain pareil ?» raconte l’écrivain !
Interrogée sur cette saisie, la porte-parole du ministère de la Culture Djahida Mihoubi déclare : «Il faut savoir que le roman de Anouar Rahmani n’a pas été proposé par l’éditeur à la commission chargée de superviser et arrêter définitivement la liste des livres à exposer et proposer à ce 22e Salon international par différentes maisons d’édition. Par conséquent, il a été retiré (l’avant-dernier jour du Sila) conformément aux règlements du salon, car ne figurant pas sur cette liste et comme cela se fait partout ailleurs. Ce n’est pas du tout une question de censure puisque le livre est en vente en Algérie dans les différentes librairies. Une question se pose toutefois : pourquoi l’éditeur ne l’a-t-il pas proposé parmi les livres à exposer, à ladite commission à l’occasion de cette 22e édition du Salon international du livre d’Alger ?» Or, le responsable du bureau d’Alger de la maison d’édition El Mouthaqaf affirme l’avoir soumis à autorisation comme prévu par le règlement et qu’il n’a fait l’objet d’aucune interdiction d’exposer. Aussi, ce que confirme Anouar Rahmani : «Mon éditrice m’a affirmé disposer de documents prouvant que mon roman a été déclaré à la commission du Sila, laquelle n’a émis aucune réserve. Le livre est, par ailleurs, muni de son ISBN.» Il rappelle, en outre, que «Halouassat Djibril» n’était pas visé au départ mais a été saisi par défaut à la place de «Ce que Dieu nous cache», indisponible au Sila pour cause de blocage injustifié à l’aéroport. Sur sa page Facebook, l’éditrice a publié le 4 novembre dernier une photo montrant des policiers sur son stand avec ce commentaire : «Notre stand est inspecté tous les jours par la police.» Contacté, Youcef Sayah, l’un des responsables du salon, affirme : «Si le roman dispose de son ISBN et qu’il a été déclaré à la commission, le commissariat du Sila décline toute responsabilité quant à sa saisie» ! Rappelons que la commission de censure du Sila qui a interdit cette année 97 titres est formée par des représentants des différents ministères dont la Culture, l’Intérieur et les Affaires religieuses. Le Sila a beaucoup fait parler de lui cette année : d’abord les déclarations jugées misogynes de son commissaire Hamidou Messaoudi, ensuite, la censure de Daho Djerbal et de Aïssa Kadri dont les interventions dans le cadre d’une table ronde sur le colonialisme ont été annulées en raison de leur adhésion à un appel à des élections présidentielles anticipées ; laquelle censure a motivé le boycott de l’historien et essayiste anticolonialiste français Olivier Le-Cour Grand-Maison. Interrogé sur cette affaire par nos confrères de TSA, le commissaire affirme : «Quand on n’aime pas une personne (le Président Bouteflika, ndlr), on ne répond pas à son invitation» !
Anouar Rahmani est un jeune écrivain de 26 ans qui n’en est pas à ses premiers déboires. En février dernier, il a été convoqué par la police de Tipasa pour s’expliquer sur un tout autre roman : «La ville des ombres blanches» où il lui est reproché des outrages au sacré et à la Révolution algérienne. Interrogé pendant des heures, l’auteur a été finalement relâché. Ces pratiques ont suscité un scandale médiatique et une vague d’indignation sur la toile. La saisie récente de «Délires de Gabriel» semble, elle, laisser les milieux littéraires indifférents alors même que la censure en Algérie connaît, ces derniers mois, une recrudescence alarmante menaçant l’avenir de la liberté de création.
Sarah Haidar

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