Le Quotidien d'Oran
Le Quotidien d'Oran
Lundi 16 octobre 20:56

Tourisme durable dans le monde et en Algérie, quel avenir ? (Suite et fin)

Tourisme durable dans le monde et en Algérie, quel avenir ? (Suite et fin)
En Algérie : les balbutiements
de la durabilité

La durabilité, ne semble pas
être un concept séduisant dans le pays. En Algérie, les décideurs en parlent
vaguement mais point de politique sectorielle ou de stratégies se déclinant par
territoires disposant des actifs naturels patrimoniaux à valoriser.

Le pays éprouve des
difficultés pratiquement dans tous les secteurs, industrie, agriculture,
services transport…, pour asseoir une approche durable du développement en y
associant tous les acteurs pour potentialiser les atouts de chaque région.

Quelques initiatives éparses
prises par la société civile, ou quelques porteurs de projets, ne semblent pas
avoir une grande envergure pour entrainer les autres secteurs dans une
dynamique de transition énergétique de développement des ER, par exemple les
situations liées aux traitements des eaux usées et des déchets domestiques,
frisent les catastrophes dans les villes et les campagnes.

Et que de dire de la gestion
durable des forêts, des actifs hydriques ? Une situation alarmante due à
l'absence de volonté politique réelle pour amorcer un développement durable des
patrimoines et sortir de cette gabegie généralisée.

Dans un autre domaine lié au
développement durable, les formations et les expertises ne semblent pas suivre,
pratiquement à l'état de balbutiements dans quelques territoires, un
saupoudrage de projets manquant d'impacts et d'envergure pour intéresser les
acteurs du développement ne sont en fait que l'arbre voulant cacher les forêts.

Cette situation amorphe
coûtera cher au pays en termes de préservation, de valorisation et traitement
durable des richesses du pays.

Amoindrir les effets néfastes
de ces actions décousues, manquant de visibilité et de cohérence, va mettre les
pouvoirs publics devant le mur, en déboursant de grandes sommes d'argent pour
une mise à niveau du pays et s'approcher les standards mondiaux
environnementaux et écologiques.

La durabilité, de ce fait,
doit être diffuse, impactant tous les secteurs et même le citoyen. Or le
constat est amère dans les secteurs phares, tels que
les énergies, où tout reste à faire. La gestion des patrimoines, l'habitat et
la transition énergétique en y introduisant de nouvelles techniques de
construction moins budgétivores et moins énergivores.

La gestion
durable des actifs naturels se pose avec acuité, tels que les richesses
halieutiques, les forêts, les ressources hydriques, les impacts des gaz et des
huiles non recyclées, les déchets et l'économie des ordures sont dans une
situation « de gestion » de crise sans pour autant parler de la durabilité
intégrée à l' élevage, la productions des viandes, fruits et légumes ; la
durabilité des terres agricoles et la problématique de l'usage des engrais, des
produits phytosanitaires d'une manière sauvage et non étudiée.

Ce qui causerait des problèmes
de santé publique, le rôle de la société civile, quartiers, communes villes,
campagnes est incontestablement important, pour créer une conscience écologique
et développer des stratégies en matière d'éducation environnementale.

L'économie
verte, qui fait un grand pas dans certains pays, peine à s'installer en Algérie
dont les opportunités qui s'offrent sont importantes et variées, le tourisme
n'est pas en reste, puisqu'il continue à faire sa mue dans le pays et
difficilement dans les marchés ; en Algérie ce sujet semble ne point intéresser
les pouvoirs publics, la preuve, rien ne se fait dans ce domaine ni d'un point
de vue organisationnel ni même juridique pour donner des cadres d'évolution
dans l'hôtellerie dans la production, des voyages dans l'aménagement
touristique des territoires. Une mise en place d'un tourisme durable des
territoires, montagnes, plaines espaces côtiers et déserts, demeure un vœu
pieux tellement la démarche est incohérente d'un point de vue spatial, choix
des terrains, types d'aménagement, urbanisme, architecture et équipements.
Transitions énergétiques, choix de matériaux, recyclage des eaux, des déchets
domestiques, consommation des énergies, espaces verts, circulation, les efforts
consentis sont au-dessous des seuils acceptables avec des déséquilibres
territoriaux entre « ensembles physiques dominants nord, hauts-plateaux et
déserts ».

La gestion durable des actifs
environnementaux, tels que les lacs, les réserves, les parcs, les zones
protégées et tous les capitaux écologiques semblent subir des pressions des
acteurs du développement et de celui des populations dans certains territoires.

Le même problème se pose pour
les marqueurs identitaires, architecturaux, artisanaux…, sont également gérés
de façon archaïques ; certains y subissent des destructions planifiées et
d'autres l'objet de vols et de détournements vers les frontières vers des
marchés de l'art en Europe et en Asie.

Toutes ces richesses, qui sont
en fait la matière première du tourisme, s'effilochent par le fait de l'absence
de véritable politique de gestion durable de ces éléments constitutifs des
produits touristiques, sur une approche empreinte de transversalité,
c'est-à-dire chaque département ministériel a sa part de responsabilité dans le
management durable, des territoires et des richesses.

Le développement sans sticker
environnemental, a conduit à des catastrophes écologiques qui mettent en danger
des forêts, des oueds, des oasis et des palmeraies ; prenons le cas des
palmeraies de tout le Sud-ouest, toutes sont en état de mort programmée du fait
des forages qui ont diminué les niveaux des nappes, ou carrément détruit de
façon indirecte tout le réseau de foggaras dont le débit ne suffit plus pour
entretenir des jardins.

Le manque de volonté
d'envisager une promotion de l'architecture de terre dans le Sud a permis une
extension des matériaux dits nouveaux ou modernes, le parpaing a dévoré le
patrimoine presque dans tout le Sud. Laissant une situation extrêmement
regrettable dans des oasis qui ont perdu leurs valeurs, leurs modes de vie et leurs fonctionnalité durable.

Il est possible de
démultiplier les exemples en milieu montagneux, dans les plaines, sur les hauts
plateaux ; or, ce manque de conscience des pouvoirs publics dans la gestion
durable des richesses naturels a conduit à des catastrophes qu'il faudra du
temps et de l'argent pour y réparer les dégâts occasionnés.

Et le tourisme en subit les
conséquences

Pour le développement du
tourisme durable en Algérie, la situation est préoccupante par le fait qu'il
n'existe pas un arsenal juridique empreint de durabilité dans les gestions du
foncier des patrimoines des eaux et des forêts, des confluents des lacs et des
étangs. Certains classés RAMSAR ou sous label de l'Unesco risquent d'être
déclassés par cet organisme onusien par le fait de la gestion chaotique de
cette richesse, parcs réserves, zones protégées.

Ce qui détruirait ces actifs «
argument de vente » et de construction de la destination Algérie.

Mis à part la loi sur le
développement durable du tourisme, loi 03/01 du 17 février 2003 dont le contenu
est aux antipodes de la durabilité touristique dans ses principes et ses
contenus, cette loi vague et comportant des notions de durabilité limitées ne
prend en aucun cas les gestions des territoires des patrimoines de infrastructures
en développement, une vision complémentaire avec les secteurs concernés
agriculture, pêche culture commerce environnement, travaux publics, hydraulique
forêts.

La loi sur le développement
durable du tourisme aurait du prendre en charge dans
ses contours, ses principes et ses dispositions, les éléments suivants.

Le principe de la préservation
des écosystèmes dans l'activité touristique

La gestion durable et commune
des sites et patrimoines

La création de filières de
formation adaptée au développement durable

La mise en place de normes et
de standards de gestion des actifs naturels

La création de structures
d'évaluations d'études d'impacts et de contrôle des activités touristiques

La création d'observatoires de
développement du tourisme durable

La création de veille avec un
système national d'alerte

La déclinaison de la loi en un
dispositif réglementaire touchant à l'activité touristique par :

- l'identification des
hébergements durables et de plein air

-le classement de ces
hébergements durables avec les normes de créations et de réhabilitations quand
il s'agit de vieilles bâtisses

-le contrôle et l'exploitation
de ces hébergements

-l'absence de politique de
stratégie de développement des tourismes de nature, rural, de l'écotourisme, du
tourisme lié à l'agriculture ou le tourisme social et solidaire.

Est en fait dû à l'absence
d'une vision globale du tourisme, or la situation nécessite une promotion de ce
type de tourisme pour étoffer l'offre et répondre aux marchés.

-la labellisation des hébergements
et des sites des patrimoines n'existe pas dans le pays pour valoriser les ksours, les palais, les demeures, les forts, les villages,
les maisons d'intérêt esthétique, historique et architectural.

Les éco labellisation de
sentiers des promenades des pistes, des points de vue panoramiques, ne semblent
guère être des centres d'intérêts pour développer une offre et des produits
touristiques labélisés de qualité avec une traçabilité du contenu, etc.

Le même problème se pose pour
les produits du terroir, les artisanats, l'agro écologie et les produits
agricoles du terroir et l'art culinaire.

Les pouvoirs publics, ne se
soucient guère aussi à valoriser les intrants du produit touristique tels que
les arts populaires, chants, danses, folklores, véritable richesse du pays et
appoint incontestable du tourisme.

Les biens culturels ne
s'inscrivent réellement pas dans une démarche durable de préservation et de
mise en valeurs pour optimiser financièrement ces richesses et leurs donner un
cycle de vie durable dont profiteront les populations d'aujourd'hui et ceux de
demain. Enfin, le secteur ne dispose pas d'une réflexion autour des éthiques et
des chartes d'agences de visiteurs, d'accueillants pour créer une véritable
complémentarité entre accueillants autochtones et consom'acteurs.

Cette situation de vide et
d'absence de politique et de stratégies animées par des acteurs publics et
privés pour créer une mutualisation de moyens des démarches et des objectifs
laissent des territoires en situation de précarité économique. Maximiser les
impacts positifs sur les populations rurales par la croissance les emplois et
la revitalisation de ces espaces demeurent une nécessité absolue dans
l'objectif essentiel est de fixer les populations rurales et éviter un
véritable mouvement migratoires vers les cités urbaines créant un fossé et une
brèche entre villes et campagnes, dont les effets sont catastrophique à tout
point de vue.

Ce manque de
coordination sectorielle fait qu'aucun secteur ne dispose d'une vision
touristique de son domaine, je prends le cas des forêts du ministère de
l'Agriculture, de la Culture, de la Pêche ; aucun de ces acteurs publics n'a
envisagé de mettre au point une stratégie de développement touristique, et
pourtant le ministère de l' Agriculture à la main sur la chasse et la
cynégétique, il a la main sur les PN et les PR le ministère de la Pêche sur les
ressources halieutique et toute l' activité lié à la plaisance la pêche de
loisirs, etc. Le ministère de la Jeunesse également devrait avoir une politique
de tourisme durable et de loisirs ciblant les jeunes notamment ; nous pouvons
démultiplier les exemples de ratages d'une vision cohérente sectorielle et
harmonieuse dans un esprit de décloisonnement des acteurs et de leurs projets.
Cette approche ne semble pas avoir l'unanimité pour insuffler une nouvelle
dynamique au secteur en gardant à l'esprit le caractère diffus du tourisme.

Aménagement touristique et
durabilité/ quelles perspectives ?

Les pouvoirs publics ont
toujours opté en matière d'aménagement au Zoning et l'approche de création de
ZET dont plus d'une centaine ont été créées par décret pour constituer un
foncier touristique et la création d'un portefeuille ou stock foncier pour
l'avenir.

Cette option des ZET a montré
ses limites à tout point de vue, localisation, intérêts, taille et importance,
gestion, études et commercialisation.

Cependant, la véritable
question qui se pose est de savoir dans ce cadre des zet
quelle seraient les mesures à prendre si nous optons pour des grands ensembles hôteliers
de 10.000 lits et plus, quelles en seraient les conséquences écologiques,
quelles seraient les mesures préventives à prendre pour ne pas se trouver dans
des situations de destructions massives de la faune, la flore, des terres et
des grands sanctuaires marins.

Mais en cas où cette approche
se ferait par la création de mégas resorts de 10.000
lits et plus, il serait judicieux de mettre au point une législation spécifique
en matière de démarche environnementale. Bien que le ministère de l'Environnement
a prévu la mise au point d'études d'impact environnementale, pour le porteur de
projet, néanmoins, il semble que cette demande purement technique ne résoudra
pas les problèmes dans leur ensemble. Tels que les rejets solides et liquides,
les impacts des flux, les problèmes de GES par l'effet des moyens mécaniques,
voitures, cars, etc.

Sur un autre plan, aucun débat
n'a été instauré sur le mode d'aménagement touristique pour lequel le pays doit
opter pour lancer la filière balnéaire et saharienne. La succession de zet sur tout le littoral est-elle la bonne approche ?
Saurions-nous séduire les TO et les investisseurs avec ces propositions de ZET
le long de la côte.

Avons-nous mis au point les
études nécessaires des marchés pour comprendre les tendances et les motivations
des clientèles. Tomberons-nous dans les erreurs de création des méga resorts en Espagne, Maroc, Tunisie.

Autant de questions qu'il
faudra leur trouver des solutions avant d'aller vers des catastrophes
d'aménagement avec des impacts sur les territoires, sur les richesses
naturelles et la mer Méditerranée.

Des formations inadaptées au
temps nouveau

La mise en place d'une
démarche durable dans le tourisme qui, en complémentarité sectorielle avec les
autres activités économiques, agriculture pêches, culture, demande une autre
exigence, des formations dans leurs diversités adaptées à la demande et les problématiques
du terrain. Il s'agit de charpenter cette formation non seulement selon le
concept de durabilité des « territoires et des infrastructures », mais
également adapter la formation à chaque spécialisation pour pouvoir irriguer
chaque territoire touristique de compétences et de professionnels qui pourront
agir de manière à mettre les jalons du tourisme durable mais aussi et surtout
initier par l'entrepreunariat des services à monter
de projets touristiques insérés dans les espaces et en adéquation avec les
normes écologiques en cours.

Cette démarche est la seule en
mesure de donner un contenu aux territoires, aux filières et produits pour
constituer une offre homogène, riche, vendable, séduisante qui permettra aux
acteurs locaux de se positionner sur les marchés, y compris à l'international.

La mise à niveau de ressources
humaines par l'approche durable doit faire l'objet d'un intérêt particulier des
formateurs, des acteurs et des pouvoirs publics.

D'ailleurs, sur le marché,
point d'offres durables ou de produits durables à même d'être l'ossature d'une
offre complète pour les clientèles.

Cette absence d'offre est due
essentiellement aux manques de formation et de qualifications des producteurs
et prescripteurs, au manque de savoir-faire des agents de voyages et de leurs
personnels ainsi qu'à un réel manque d'aiguillage des pouvoirs publics pour les
promoteurs et tous les acteurs qui soient sensibles au tourisme durable.

Le manque de visibilité de
stratégies pointues sur les produits touchant la production, la
commercialisation et la promotion font que cette conquête des marchés et les
positionnements sont irréfléchis et inefficaces pour aller vers des marchés
avec des études, des analyses préétablies, des objectifs et des démarches
porteuses.

Quelles perspectives pour le
pays ?

Le pays doit s'inscrire par
ses actions, ses stratégies et ses plans dans la durée en ayant comme objectifs
de penser durabilité. Sur les prochains 20 ans, le pays doit revoir sa
philosophie et sa démarche pour développer un tourisme attractif.

L'aménagement, la production,
la promotion, l'image et les formations doivent porter une durabilité dans les
contenus, les infrastructures, les produits.

Le pays doit s'inscrire dans
les nouvelles tendances des marchés sur les 20-30 années prochaines qui sont en
état de changements et de mutations constantes.

Il serait plus judicieux de
savoir quels types d'aménagements voudrions-nous, pour le futur, quelles
filières à développer ? Dans quels territoires ? Quels types d'infrastructures
touristiques devrons-nous penser et conceptualiser pour ne pas être en décalage
par rapport aux marchés.

A ce titre, nous devons
également connaitre les motivations des clientèles de demain, leurs besoins,
leurs budgets, leurs provenances, leurs goûts, leurs demandes et par la même
occasion déterminer le moyens d'acheminement de mobilité et d'accessibilité à
développer pour nos territoires touristiques pour nous différencier et nous
singulariser des autres destinations qui ont pris des avances et ont glané de
grandes expériences.

Nous sommes donc dans une
réflexion pluridisciplinaire pour cerner les marchés, les clientèles et monter
une offre adaptée de qualité qui serait l'ossature de la création de la
destination touristique de demain.

* Consultant expert en
tourisme durable et saharien - Essayiste et critique touristique

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